Catherine le porte-à-cath

Hier, j’ai eu droit à ma première chimio. Grand moment.

La veille, on m’a posé mon porte-à-cath (nouvelle pote pour les prochains mois – je l’ai baptisée Catherine la porte-à-cath).

J’avais surtout envie de vous raconter l’histoire du porte-à-cath car elle a eu une signification très particulière pour moi et qu’elle signait vraiment le début du traitement, de la guérison aussi mais surtout, elle officialisait le fait que je suis malade. Pour du vrai.

Et ça, ça a été dur à accepter.

Aussi, l’idée d’avoir un corps étranger dans la poitrine n’est pas spécialement une réjouissance non-plus. Je pense qu’il va me falloir quelque temps pour l’accepter et pour qu’on soit vraiment vraiment potes, Catherine et moi.

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Je suis arrivée avant hier matin dans la chambre double qu’on m’avait attribuée pour la journée pour l’opération porte-à-cath. Il avait été convenu que j’aurais une anesthésie générale. Parfait. L’idée de subir le placement du corps étranger tout en étant consciente ne me ravissait pas des masses donc l’anesthésie générale me convenait totalement.

Ayant subi le même type d’intervention il y a un mois presque jour pour jour, je ne me faisais aucun stress par rapport à celle-ci. Zen, je somnolais dans mon lit en attendant qu’on vienne me chercher.

Le brancardier a débarqué dans ma chambre plus tôt que je ne le pensais, pas grave, allons-y me suis-je dit. La grand moment est arrivé. Juste le temps de faire un bisou à ma mère et je suis emmenée en salle d’attente pour l’opération.

Sur le chemin, je tape la discute avec le brancardier, je lui raconte très ouvertement que j’ai un cancer (haha, c’est ouf comme j’ai facile d’en parler – presqu’un besoin de le raconter autour de moi sans aucune gêne ni malaise). On rigole un peu puis il place mon lit dans la salle d’attente et il s’en va.

J’observe cette agitation autour de moi, tout semble très calculé, les chirurgiens qui passent d’un pas agité en blouse bleue, les infirmiers à leurs trousse, le personnel qui déplace les lits dans un ballet dont eux seuls connaissent la chorégraphie. Tout le monde semble connaître son rôle, j’ai l’impression que ça doit faire le même effet que d’observer une fourmilière. C’est assez agréable d’être témoin de tout cela, je me concentre sur ma respiration, je me sens assez calme et sereine.

Après tout, on plonge là, vraiment vraiment.

Le chirurgien qui m’avait fait la biopsie vient me saluer, je pensais qu’il venait par courtoisie mais j’apprends que ce sera lui qui m’opérera ce jour-là. Petit changement de programme, c’est pas trop grave.

L’attente commence à se faire un peu longue, on a déjà changé deux fois mon lit de place dans cette grande salle d’attente. Finalement on vient me chercher. L’infirmière qui s’occupera de moi pendant l’opération semble très très speedée. Pas une seule minute à perdre. Je me sens un chouia bousculée alors que je me sentais si zen quelques minutes auparavant. On me transfère sur le lit d’opération, on m’emballe d’une couverture verte et me mets un petit bonnet. Ça y est, je pars vers la salle d’op’.

Je m’attendais à ce que tout aille très vite, à ce que l’anesthésiste se présente à moi mais il n’y a personne dans le bloc opératoire à part le chirurgien et l’infirmière vue plus tôt. Ils n’ont finalement pas l’air pressés du tout, je regarde l’horloge digitale : 11:43. L’opération était prévue à 11:45. Je me dis que ça ne va sûrement pas trainer et que je serai vite dans cet agréable coton pour me réveiller un peu plus tard en ayant tout oublié.

(âmes sensibles, ne pas lire le paragraphe qui suit)

L’infirmière me dit qu’elle va procéder à la pose de la perf. Elle m’enserre le bras de ce garrot en plastique (ce truc fait presque plus mal que la piqûre en soi, vous ne trouvez pas ?!). Et là, je la vois qui me tapote sur la main.

Moi : « Euh, en fait vous allez me piquer dans la main ? »

L’infirmière : « Vous avez de très mauvaises veines, je pense que ce sera plus simple dans votre main, oui. Ça vous dérange ? »

Moi : « Oui, un peu, j’aimerais vraiment mieux que ce soit fait dans le bras en fait »

L’infirmière se met à tapoter ma main et mon bras en long et en large et ça commence à durer. Le garrot étant toujours en train de m’enserrer le membre.

Je commence à être super tendue et toute les bonnes vibes que j’avais réussies à mettre en place sont en train de s’envoler petit à petit. Pour me détendre, le chirurgien me poser des questions sur ma vie auxquelles je n’ai pas du tout envie de répondre, j’aimerais que l’infirmière pique dans mon bras une bonne fois pour toute sans chercher pendant une éternité.

Elle finit par me dire qu’elle pense avoir trouvé une veine dans ma main mais qu’elle va devoir chercher un peu (je deviens bleue et verte à la fois).

Elle pique, ça fait mal. Elle cherche, et ça fait vachement mal. Ça dure. Elle finit par trouver la veine et là ça fait f*cking mal !!! Je vois des étoiles et du blanc autour, je suis en train de faire un malaise. Ils me foutent un masque d’oxygène en plaisantant que je n’aime vraiment pas les piqûres. J’ai envie de les buter tous les deux.

(fin du paragraphe âmes sensibles)

J’essaie de me calmer après cet épisode dont je me serais VRAIMENT bien passée. Le temps passe et toujours pas d’anesthésiste en vue. Ma patience commence à avoir des limites. Même le chirurgien le fait remarquer que c’est pas normal que ça traîne autant. Tout le monde est prêt ici.

L’anesthésiste finit par débarquer. Elle fait comme si tout était normal, ne se rendant visiblement pas compte qu’une équipe complète (et un être humain sur une table d’op’) l’attendent depuis plus d’une demi heure !

Elle me demande si j’ai des allergies, je dis « Paracétamol », elle hausse les sourcils et me dit qu’elle n’a pas vu ça dans mon dossier mais que c’est important.

J’ai envie de la buter.

Elle finit par m’injecter le produit pour procéder à l’anesthésie (je prie pour qu’elle sache vraiment ce qu’elle fait). Là, je ressens une grosse douleur dans la main. Quand le produit passe, ça me fait VRAIMENT très mal. Je crie que ça me fait super mal mais en même temps je suis en train d’être endormie. Je sens que quelqu’un masse ma main à l’endroit de la perf pour me soulager mais c’est bien trop tard. Je sombre.

Moi qui était si sereine pour cette opération, me voilà dans une situation dont je ne m’étais vraiment pas imaginée la tournure.

Au réveil, je suis en train de pleurer. Visiblement, je pleurais en dormant. J’ai vaguement rêvé que je me vomissais dessus. Je me rappelle avoir demandé dans un demi-sommeil aux infirmiers de la chambre de réveil si j’avais vomi. L’infirmier me dit que non. Je tremble de tout mon long, j’ai très froid. Il me dit que c’est une réaction normale, il me mets un gros tuyau d’air chaud entre les couvertures. Les tremblements disparaissent mais les larmes coulent de plus belle. Je sanglote dans un demi-sommeil.

Je sens une gêne du côté gauche de la poitrine et je commence à réaliser qu’ils ont placé Catherine. C’est comme si on m’avait foutu un énorme coup de poing dans l’épaule. J’ai un gros et épais pansement blanc. C’est gênant et douloureux.

Je réalise aussi qu’une perf, c’est douloureux mais ça s’enlève. Alors que Catherine, elle est là et elle va y rester pendant 8 mois. Si elle me gène, on ne me l’enlèvera pas en fin de journée.

Et ça, ce fût terriblement dur à accepter.

Je pense que cet épisode de la maladie fût le plus dur que j’ai vécu jusqu’à présent.

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6 réflexions sur “Catherine le porte-à-cath

  1. La pose du port-à-cath c’est vraiment pas cool. Moi j’ai fait un malaise après. Heureusement t’as eu l’anesthésie générale ! J’ai bien ri avec les « j’ai envie de les buter », j’étais comme toi 🤣 Le sentiment de corps étranger et de douleur va vite passer en tout cas, après tu le sentiras plus du tout. Une grosse étape de passée ma belle !

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    1. Merci Laura, en effet vraiment très dure cette étape mais bon, c’est enfin hors des pieds. J’aurais imaginé que ça se passerait dans de meilleure conditions… et je n’ai pas encore parlé de l’infirmière revêche que j’ai eue à mon retour en chambre alors que j’étais tout chamboulée 😦 ça n’a pas vraiment aidé à me sentir mieux. Allez, l’aventure continue !

      Aimé par 1 personne

  2. Coucou Alice,
    La pose du port-à-cath est effectivement le point de départ des grandes aventures hospitalières !!
    Tu as bien vite compris que le milieu hospitalier ne l’étant pas tant que cela …. une fourmilière qui connait des « ratés » liés à une multitude de contraintes qui échappe aux « patients » et souvent aux personnels soignants soumis à des pressions, obligations, contretemps et j’en passe … non sollicités.
    Ce qui n’excuse rien, absolument rien mais qui permet de « poser un autre regard » … et puis de lâcher-prise.
    Patient : un mot qui prend toute sa signification !!!
    L’apprentissage de la patience … difficile, décapant et puis combien salutaire et apaisant au quotidien et surtout lors des va et viens réguliers vers la « seconde résidence » que deviens l’hôpital … Y’a mieux , j’en conviens!!!
    Et puis, observer encore et encore et faire son plus beau sourire à l’infirmière revêche qui s’approche. Accueillir le toubib bien en retard par un « qu’est ce que je suis contente de vous rencontrer » … cette attitude « d’accueil » va les surprendre, voire les déstabiliser un instant en les « sortant » de la boucle infernale de reproches qui connaissent trop bien et dans laquelle ils-elles sont enfermés.
    Découvrir que prendre soin de soi est une démarche de l’intérieur de soi vers l’extérieur … et non l’inverse.
    C’est ce que mon face-à-face avec le crabe et ses multiples complications m’a permis de découvrir au fil des mois.. il y en a eu bien d’autres … que je te partagerai tout simplement au fil du temps si tu es preneuse bien-entendu.
    Abandonner l’inutile, l’inefficace … c’est ce que je te disais lors de mon 1er partage !!
    Le crabe fait voyager léger !!!
    À tout bientôt Alice.

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