Patience, Alice

A l’heure où je vous écris, la 10ème chimio est en train d’être distillée dans mon corps. J’arrive pas à croire qu’on soit enfin arrivés à la 10ème. Y a deux chiffres : un 1 et un 0, ça fait beaucoup de passages à l’hosto – sans compter mes allers-retours aux urgences et mes nuits imprévues en chambre.

Il m’en reste plus que deux.

Ça a l’air cool comme ça, « deux », et je devrais sûrement me réjouir d’arriver si proche de la fin mais je commence à avoir dû mal avec tout ça. Le gros ras-le-bol prend le dessus. Peut-être est-ce un début de contre-coup ? Je réalise seulement le chemin parcouru et toutes les embûches par lesquelles je suis passée pour en arriver là aujourd’hui. Le franc tombe. La réalité de ce que j’ai vécu m’arrive en pleine face. C’était difficile, et j’ai l’impression d’avoir foncé tête baissée, en faisant de mon mieux pour ne pas m’en ramasser trop dans la tronche. Ça a bien été au final, c’est presque fini. Presque fini. Tenir bon, encore un peu.

Pourquoi les derniers kilomètres sont-ils toujours les plus durs ? J’aimerais qu’on m’annonce qu’on peut s’arrêter là. Qu’on m’enlève ce porte-à-cath, j’en peux plus d’avoir ce boitier sous la peau. Catherine, tu m’as été bien utile ces derniers mois, mais je te préfère quand t’es hors de mon corps. A cause de toi, j’ai le ventre tout bleu parce qu’on doit me faire des injections tous les jours. Vous vous rendez compte ? J’ai des injections tous les jours, moi, phobique des piqûres ! On peut dire que j’ai bien dépassé mes peurs avec toute cette histoire.

Je suis toujours aussi cassée quand je rentre de chimio. A tel point que je dors profondément pendant une grosse heure en rentrant. En me réveillant, je suis comme dans une autre dimension, j’ai presqu’oublié ce qu’il m’était arrivé quelques heures plus tôt. Mais la conscience s’éveille rapidement et mon corps en vrac a vite fait de me rappeler que je n’ai pas passé ces quelques dernières heures en thalasso mais bien à l’hosto. Ce sale goût dans ma bouche qui reste des heures durant et mon ventre sans dessus dessous qui semble faire des circonvolutions pour s’en sortir du mieux qu’il peut… Je crois que c’est la sensation que je hais le plus dans tout ce mic mac chimio. Cette sensation qu’on t’a ajouté un truc bien dégueu dans le corps qui a dû mal à passer , qui te rend malade et qui prend tout son temps pour s’évacuer de ta vie.

Encore un peu de patience.

J’y suis presque. Ça va aller.

5 réflexions sur “Patience, Alice

  1. Waw, quelle puissance dans tes mots, je me sens ridicule à côté avec mon passif santé. Je t’envoie toute ma force, ton histoire est impressionnante et tu es un espoir pour bon nombre de personnes qui vivent ce que tu vis dans la douleur. Force et honneur !

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      1. Tout le plaisir est pour moi, je vous envoie beaucoup de force et je vous souhaite de gagner votre combat !

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  2. Oui Alice, comme je te comprends! Encore un peu de patience et tout cela fera partie d’un passé! Il faut très peu de temps pour retrouver son état normal et la vie prend une autre couleur. Pourquoi faut-il toujours l’effort pour la récompense. Celui qui grimpe une côte est tellement content quand ça redescend 🙂 Allez! Encore 2 côtes et c’est fini, fini. Gros bisous

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